
Vous avez un litige avec votre voisin pour des branches d’arbre qui dépassent ? Vous vous demandez quels sont vos droits en cas de licenciement ? Ou peut-être souhaitez-vous simplement comprendre un article du Code civil sans vous plonger dans un jargon incompréhensible ?
Jusqu’à récemment, ces questions nécessitaient soit des heures de recherche sur Légifrance, soit une consultation payante chez un avocat. Mais en 2023, un ingénieur français a changé la donne. Steeve Morin, co-fondateur de Zenly (racheté par Snapchat), a créé LegiGPT : un chatbot basé sur l’IA capable de répondre à vos questions juridiques en français courant, gratuitement .
Deux ans plus tard, en 2026, LegiGPT reste une référence incontournable dans le paysage des LegalTech françaises. Mais que vaut vraiment cet outil ? Quelles sont ses limites ? Peut-il remplacer un avocat ?
Note importante : Il existe un projet de recherche académique nommé “LegiGPT” développé par des chercheurs coréens pour analyser les politiques de transport . Ce guide traite exclusivement du chatbot juridique français créé par Steeve Morin, accessible au grand public.
Qu’est-ce que LegiGPT ? Le “ChatGPT du droit français”
LegiGPT est une interface conversationnelle basée sur le modèle de langage GPT-3.5 d’OpenAI, spécialement entraînée pour répondre à des questions juridiques en se référant au droit français .
La genèse : une idée née pendant la réforme des retraites
L’histoire de LegiGPT commence au printemps 2023, en pleine effervescence autour de la réforme des retraites. Steeve Morin, ingénieur de 39 ans, est frappé par le décalage entre les discours militants et la réalité des textes de loi .
“Je trouvais un peu désolant d’entendre des diatribes sur des choses qui n’étaient pas dans le projet de loi. Je me suis dit : pourquoi on ne peut pas simplement regarder le texte ?” — Steeve Morin, créateur de LegiGPT
Fort de son expérience technique (il avait mis le Code civil sur Github 10 ans auparavant), il décide d’utiliser les nouveaux modèles de langage pour rendre le droit accessible à tous. En quelques jours, LegiGPT est né.
La promesse : une encyclopédie juridique intelligente
LegiGPT se présente avec un avertissement clair dès l’ouverture du chat :
“Je ne suis pas avocat mais je connais 148.191 articles de loi jusqu’au 17 avril 2022.”
Cette phrase résume parfaitement la promesse de l’outil :
- Transparence : l’IA reconnaît qu’elle n’est pas un professionnel du droit
- Base de connaissances solide : plus de 148 000 articles de loi ingérés
- Limite temporelle : la base s’arrête à une date précise (avril 2022)
L’objectif n’est pas de remplacer les avocats, mais de fournir une première orientation, une “encyclopédie intelligente” capable d’éclairer les justiciables sur leurs droits .
Comment fonctionne LegiGPT ? L’architecture technique
Derrière la simplicité de l’interface se cache une architecture technique réfléchie.
L’ingestion des données juridiques
La première étape a été de collecter et structurer l’ensemble des textes législatifs français. Steeve Morin explique :
“La première étape, ça a été d’aller sourcer les codes. Alors ce n’est pas un défi au sens impossible, mais c’est très fastidieux. On a la chance d’avoir des dépôts de données qui sont complets, même si c’est un cauchemar à manipuler.”
Les données proviennent notamment de Légifrance, le site public officiel diffusant l’ensemble du droit français (codes, lois, règlements, jurisprudence).
Le moteur : GPT-3.5
LegiGPT utilise GPT-3.5, le modèle qui a rendu ChatGPT célèbre . Ce choix n’est pas anodin : GPT-4, bien plus performant, coûte également beaucoup plus cher à faire tourner. Pour un service gratuit, GPT-3.5 représente un compromis acceptable entre qualité et coût.
Le mécanisme de recherche sémantique
Lorsqu’un utilisateur pose une question, LegiGPT ne se contente pas de “deviner” la réponse. Le système :
- Analyse la requête en langage naturel
- Recherche les articles les plus pertinents dans sa base vectorielle
- Utilise ces articles comme contexte pour générer une réponse
- Cite les articles sources pour permettre la vérification
Cette approche, appelée RAG (Retrieval-Augmented Generation), est similaire à celle utilisée par les assistants juridiques professionnels. Elle réduit considérablement le risque d’hallucinations, bien qu’il ne soit pas nul.
Test pratique : LegiGPT en situation réelle
Pour évaluer LegiGPT, nous avons reproduit et analysé plusieurs tests documentés.
Test 1 : La question ancestrale des pommes
Question posée par Steeve Morin lui-même lors des premiers tests :
“Si les pommes de mon voisin tombent dans mon jardin, à qui appartiennent-elles ?”
Réponse de LegiGPT :
“Premièrement, les pommes appartiennent à votre voisin. Deuxièmement, une fois qu’elles sont tombées dans votre jardin, elles sont techniquement sur votre propriété. Cependant, vous ne pouvez pas simplement les manger sans la permission de votre voisin. Donc, pour résumer, les pommes appartiennent toujours à votre voisin, mais vous pouvez les lui rendre ou demander sa permission de les manger. Ou vous pouvez simplement les laisser pourrir sur votre pelouse, c’est vous qui voyez.”
Analyse : La réponse est juridiquement correcte (les fruits appartiennent au propriétaire de l’arbre) et apporte une touche d’humour bienvenue. Elle illustre la capacité de l’IA à vulgariser sans trahir le droit.
Test 2 : Transfert de propriété immobilière
Question posée par un testeur :
“Quel droit un vendeur transmet-il avec l’immeuble à un acheteur ?”
Réponse de LegiGPT : L’IA a fourni une dizaine de références d’articles du Code civil, expliquant le mécanisme du transfert de propriété et recommandant des articles spécifiques selon le contexte.
Analyse : La réponse est extrêmement précise, presque trop pour un non-initié. C’est typique de LegiGPT : l’outil excelle à fournir des références juridiques pointues, mais peut noyer le profane sous une avalanche d’articles.
Test 3 : Nuisances sonores
Question :
“Un animal aboie énormément à la campagne, que faire ?”
Réponse de LegiGPT : L’IA a recommandé de se rapprocher de la mairie pour connaître la réglementation locale, et a orienté vers les démarches de conciliation avant d’envisager une action en justice.
Analyse : Cet exemple montre l’utilité pratique de LegiGPT pour orienter les citoyens vers les bonnes procédures et les bons interlocuteurs, sans se substituer à eux.
Tableau comparatif : LegiGPT face aux alternatives françaises
LegiGPT n’est pas seul sur le marché des IA juridiques françaises. Voici comment il se positionne face à ses concurrents :
| Critère | LegiGPT | Ordalie.tech | Juribot | LawConnect |
|---|---|---|---|---|
| Créateur | Steeve Morin (ex-Zenly) | Léa Fleury & Baudouin Arbarétier | Communauté collaborative | Non précisé |
| Modèle de base | GPT-3.5 (GPT-4 en option payante) | GPT (modèle propriétaire) | Modèle propriétaire | Non précisé |
| Base de données | 148 000+ articles (04/2022) | Codes + jurisprudences | Apprentissage collaboratif | Non précisé |
| Version gratuite | ✅ Questions illimitées | ✅ 20 requêtes/mois | ✅ Entièrement gratuit | ✅ Rapport IA illimité |
| Version payante | LegiGPT+ (GPT-4, à venir) | Formules avancées | ❌ Non | Freemium |
| Citations des sources | ✅ Oui (sans liens cliquables) | ✅ Oui avec liens | ✅ Oui | ✅ Oui |
| Actualisation | ⚠️ Base figée à 04/2022 | ✅ Mise à jour régulière | ✅ Continue | ✅ Continue |
| Public cible | Grand public, professionnels | Grand public, pros | Grand public | Grand public |
| Notre avis | Excellent pour la recherche initiale, attention à la fraîcheur des données | Le meilleur compromis gratuit/actualisation | Idéal pour les questions simples illimitées | Bon pour l’orientation initiale |
À noter : Un autre outil nommé “LegesGPT” (avec un ‘e’) existe sur le marché international, mais il est différent du LegiGPT français .
Avis et retours d’expérience
Ce que les utilisateurs apprécient
L’accessibilité : Premier point salué par tous : LegiGPT est gratuit et sans inscription. Pas besoin de créer un compte, pas de limite de questions . Cette ouverture totale est rare et précieuse.
La puissance de la base : Avec plus de 148 000 articles ingérés, LegiGPT couvre l’ensemble du droit français . Des questions sur le Code civil, le Code du travail, le Code de la consommation… tout est potentiellement accessible.
La rapidité : Les réponses arrivent en quelques secondes, là où une recherche manuelle prendrait des heures .
La vulgarisation : Pour les non-initiés, LegiGPT traduit le langage juridique complexe en explications compréhensibles .
Les limites et points de vigilance
Le manque d’actualisation : C’est la principale faiblesse de LegiGPT. Sa base s’arrête au 17 avril 2022 . Depuis, de nombreuses lois ont changé (lois de finances, réformes diverses…). Une question sur un texte récent peut donc recevoir une réponse obsolète.
L’absence de liens cliquables : LegiGPT cite ses sources (par exemple “article 521 du code de procédure civile”), mais ne fournit pas de lien direct vers Légifrance . L’utilisateur doit rechercher l’article manuellement pour vérifier.
Les hallucinations possibles : Comme tous les LLM, LegiGPT peut “inventer” des articles ou des interprétations. Louis Larret-Chahine, co-fondateur de Predictice, souligne :
“Ces outils-là ne citent pas leurs sources et ont une grande capacité à inventer des informations.”
La précision excessive : Pour un novice, les réponses de LegiGPT peuvent sembler trop techniques, avec des dizaines de références d’articles sans explication claire de leur hiérarchie ou importance .
LegiGPT+ : la version premium annoncée
Dès le lancement, Steeve Morin a évoqué une version améliorée nommée LegiGPT+ . Celle-ci devrait reposer sur GPT-4, plus puissant et plus précis, et intégrer des sources supplémentaires :
- Jurisprudence (décisions de justice)
- Projets de loi
- Ordonnances et décrets
- Arrêtés
- Exposés des motifs
À ce jour (2026), cette version premium n’est pas encore déployée massivement, mais une liste d’attente existe. Le modèle économique serait de proposer GPT-4 en option payante, tout en maintenant la version GPT-3.5 gratuite .
LegiGPT et les professionnels du droit : concurrence ou complémentarité ?
Une question revient souvent : LegiGPT va-t-il remplacer les avocats ?
La réponse des créateurs est unanime : non, au contraire .
Steeve Morin développe cette vision :
“L’idée, ce n’est pas de manger une plus grosse part du gâteau, c’est de faire grossir le gâteau. Imaginez que vous ayez un problème d’ordre juridique : il n’y a pas grand monde qui va se dire, je prends mon téléphone, et je demande un conseil gratuit à un avocat. Mais les questions, elles, elles existent. Et personne n’y répond aujourd’hui.”
Pour lui, LegiGPT agit comme un aiguilleur : il permet aux gens de déterminer si leur situation mérite une consultation, et d’arriver chez l’avocat mieux préparés.
Léa Fleury, co-fondatrice d’Ordalie.tech, abonde :
“L’IA ne remplacera jamais l’avocat, on n’a pas du tout cette prétention là. Et pour les professionnels du droit, c’est plutôt un outil de soutien et d’aide qui peut les aider à être beaucoup plus productif dans leurs recherches.”
Louis Larret-Chahine (Predictice) parle même d’une “nouvelle révolution industrielle” dans le monde du droit, où l’IA devient un “super-assistant” pour les professionnels .
Comment utiliser LegiGPT efficacement ? Conseils pratiques
1. Vérifiez toujours la date de la réponse
LegiGPT ne connaît que les textes antérieurs à avril 2022. Pour toute question touchant au droit récent (lois de 2023, 2024, 2025), croisez avec une autre source ou consultez un professionnel.
2. Demandez les références précises
Si LegiGPT ne cite pas spontanément les articles, demandez-lui : “Sur quels articles te bases-tu ?”. Les citations sont essentielles pour vérifier.
3. Utilisez les liens externes pour vérifier
Une fois que vous avez les références (ex: “Article L. 1231-5 du Code du travail”), allez vérifier le texte exact sur Légifrance ou Service-Public.fr .
4. Soyez précis dans vos questions
Plus votre question sera détaillée et contextualisée, meilleure sera la réponse. LegiGPT peut analyser des situations complexes si on lui fournit les bonnes informations.
5. Ne prenez jamais LegiGPT comme seule source pour une décision importante
Pour un litige sérieux, un licenciement, un divorce ou tout enjeu majeur, consultez un avocat. LegiGPT est une aide à l’orientation, pas un conseil juridique engageant.
Les ressources complémentaires pour approfondir
Pour optimiser votre utilisation de LegiGPT, associez-le à d’autres ressources juridiques gratuites :
Sites officiels
- Légifrance (legifrance.gouv.fr) : la base officielle de tous les textes législatifs français
- Service-Public.fr : fiches pratiques et simulateurs
- vie-publique.fr : éclairages sur les politiques publiques
Podcasts juridiques pour se former
- “Un deux droit” : actualité du droit du travail
- “Legal Club Sandwich” : entretiens avec des professionnels
- “Tout Droit Tout Simple” : innovations juridiques
Conclusion : LegiGPT est-il fait pour vous ?
Adoptez LegiGPT si…
- Vous avez une question juridique simple et voulez une première orientation gratuite
- Vous êtes étudiant en droit et cherchez un assistant de recherche rapide
- Vous voulez comprendre un texte de loi sans jargon
- Vous préparez une consultation chez un avocat et souhaitez arriver avec des bases
Attention si…
- Votre problème juridique est récent (post-2022)
- Vous avez besoin de jurisprudences récentes (LegiGPT n’en intègre pas encore)
- Vous êtes dans une situation complexe engageant votre responsabilité ou des enjeux financiers majeurs
Notre verdict final : LegiGPT est une prouesse technique et une avancée démocratique majeure. Son créateur a réussi le pari de rendre le droit accessible à tous, gratuitement et simplement. Ses limites (base figée, absence de liens, précision parfois excessive) sont connues et assumées. Utilisé intelligemment, en complément des ressources officielles et avec l’aide d’un professionnel pour les cas sensibles, LegiGPT est un outil précieux pour naviguer dans le labyrinthe juridique français.
“La loi, après tout, est faite par les humains pour les humains.” — Steeve Morin
FAQ rapide
LegiGPT est-il vraiment gratuit ?
Oui, totalement gratuit et sans inscription. Aucune limite de questions .
LegiGPT peut-il remplacer un avocat ?
Non. LegiGPT est un outil d’orientation et de recherche, pas un conseil juridique engageant. L’outil le précise lui-même .
LegiGPT connaît-il toutes les lois ?
Il connaît plus de 148 000 articles de loi, mais sa base s’arrête au 17 avril 2022. Les textes plus récents ne sont pas intégrés .
Comment savoir si une réponse est à jour ?
Demandez à LegiGPT de citer ses sources, puis vérifiez les articles cités sur Légifrance pour vous assurer qu’ils n’ont pas été modifiés depuis 2022.
LegiGPT+ est-il disponible ?
Une version premium basée sur GPT-4 est annoncée mais pas encore déployée massivement. Une liste d’attente existe .
Y a-t-il une application mobile ?
LegiGPT est accessible via navigateur web sur ordinateur et mobile, mais il n’existe pas d’application dédiée à ce jour.